La tour de guet et le premier sanctuaire

Les Ibères disparurent à la suite des invasions romaines, vers le IIe siècle avant notre ère. LLafranc devint un centre important qui perdura jusque sous la domination wisigothe. Puis les populations se déplacèrent vers l’intérieur des terres, redoutant les actes de piraterie. Le pays fut ensuite soumis aux arabes, puis aux francs.
Au sommet de la montagne San Sebastià, dominant la mer et la falaise (appelée le Salt de Romaboira), l’ancien sanctuaire devint ermitage. Dans une lettre adressée à la reine Marie de Castille, épouse d’Alfonso le Magnanime, est mentionné, à la date du 28 Janvier 1444, le premier ermite de Sant-Sebastià, Jaume Corbera.
Alfonso parlait aussi dans cette lettre de la permission de lever des fonds dans le royaume afin de terminer les travaux de la tour de guet en cours de construction.
C’est donc au cours du XVe siècle que fut érigée la tour. Sa présence est attestée par un écrit de l’évêque Bernat de Pau (1436-1457) qui la mentionne en tant que « Turris Sancti Sebastiani marrittimi Palafrugell »
Cette tour, avec son sommet couronné de créneaux et ses angles en granite, fut bâtie vers1445 et avait pour mandat de surveiller la zone côtière, pour la protéger des attaques pirates et corsaires, très fréquentes au cours des XVe et XVIe siècles. Sa forme rectangulaire avec une partie arrondie vers l'est, est due à la présence d’une chapelle du XIIe siècle, dédiée à saint Sébastien, sur laquelle la tour s’est construite
La tour fut modifiée au long des années, on rajouta des escaliers, plus pratiques que les échelles primitives, mais l’atmosphère y est conservée.
A l’heure actuelle, la tour sert de galerie d’exposition aux peintres locaux. Et je dois dire que j’ai été agréablement surprise par la qualité des toiles.
Le saint auquel la chapelle primitive fut dédiée, Sébastien, est invoqué pour lutter contre la peste et les épidémies. Il est compté pour cela parmi les saints auxiliaires, c'est-à-dire intercesseurs.
Sébastien, né à Narbonne et citoyen milanais, fut un légionnaire apprécié des empereurs de son temps, qui le nommèrent centurion. Il fut pourtant martyrisé sur leur ordre pour avoir soutenu ses coreligionnaires dans leur foi.
Il fut tué par sagittation, c'est-à-dire par les flèches des archers (du latin sagittarius, archer). Dans la mythologie gréco-romaine, Apollon, le dieu-archer, est lui aussi protecteur contre la peste.
La chapelle Sant-Baldiri
En raison de la peste de 1650 - 1651, il fut décidé de construire une nouvelle chapelle et un hospice. Les travaux commencèrent en 1707.
Possédant un plan simple à une nef, elle fut construite attenante à la tour de guet, sur une esplanade jouxtant le village néolithique.
De style baroque, brûlée pendant la guerre d’Espagne, la petite église fut restaurée en 1960. Elle fut dédiée à celui que l’on nomme Baudile en France, martyr nîmois du IIe siècle, protecteur de la population contre les épidémies. La fonction du lieu sacré se perpétue.
Sant-Baldiri conserve la même orientation que la chapelle primitive. Cette orientation semble aussi être celle du village, ce qui me laisse à penser que les maisons furent construites après le premier sanctuaire, sur lequel se sont succédé les différents bâtis.
A mon avis, le premier devait être contemporain du dolmen de Can Mina dels Torrents. J’aurais aimé connaître le nom de la divinité à laquelle ce lieu fut dédié en ce temps là. Je parierai sur un Gargan quelconque.

L’hospice
L’hospice, quand à lui, fut transformé en auberge, où les pèlerins venaient passer la nuit. Différentes dates sont inscrites sur des linteaux : 1750 et 1756 à l'est, 1772 et 1832 à l'ouest.
A l’heure actuelle, l’auberge est devenue l’un des lieux magiques de la Costa Brava. C’est en effet devenu un hôtel de prestige, El Far, offrant une vue à couper le souffle sur la mer et les plages de Tamariu, de Llafranc et de Calella de Palafrugell.
